Monnument aux morts CP 01
D’après une Carte Postale de G d’O – DR

Dans sa séance du 24 août 1919, Monsieur Jean-Baptiste RODDE étant maire (remplacé par Monsieur Ambroise MONTEILHET), le Conseil municipal délibère (…) en vue de la construction d’un monument aux morts pour la France de la commune (…). Monsieur Jean-Joseph CHARDON, adjoint, est chargé de vouloir bien s’occuper de faire circuler une liste de souscription dans la commune.Monsieur CHARDON accepte cette mission en disant que la souscription sera recueillie par un mutilé accompagné du garde-champêtre. La liste de souscription sera déposée à la mairie et pourra être consultée librement par les souscripteurs. Cette liste se trouve toujours dans les archives municipales sous forme d’un simple cahier d’écolier et de quelques feuilles volantes.

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Dans sa séance du 9 janvier 1921, le Conseil municipal présidé par Jean-Joseph CHARDON, maire, et en présence des conseillers municipaux RODDE, POUZET, DEBARGE, DUBIEN, POUMARAT, BOSDECHER, ROCHE, FONLUPT, PATIER, MAYET et BROUSSE, décide l’érection d’un monument commémoratif des enfants de Marat Morts pour la France. Celui-ci sera élevé sur la place publique. Les plans et devis seront dressés à titre purement gracieux par Monsieur GIDON 1, architecte. Les plans, datés du 15/12/1920, sont approuvés le 11/04/1921 par le préfet du Puy-de-Dôme.
Monsieur Augustin DESBARGES, conseiller municipal, revenu assez gravement blessé de la guerre, s’engage à élever ce monument. Cette proposition est avantageuse pour la commune tant au niveau du prix que de la garantie des matériaux car Monsieur DESBARGES est le seul propriétaire d’une belle carrière de granite de la région.
Le bas-relief sera confié à Monsieur SUGERE, sculpteur.

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Le nombre de combattants de la commune « morts pour la France » s’élève à 84 pour une population de 2 015 habitants. La subvention nationale accordée est déterminée en fonction du pourcentage de morts et s’élève à 8% ; un second barème rapporté au centime communal fixe une subvention à 9 %.
Le coût global du monument s’élève à 15 518,16 F.
La souscription publique produit 8 200 F.
Un crédit au budget additionnel 1920 (art. 39) s’élève à 2 000 F. Il reste donc à financer : 15 518,16 F. – 8 200 F. – 2 000 F. = 5 318,16 F.
La subvention globale s’élève à 8% + 9%, = 17% de la somme inscrite au budget communal en 1920 et 1921 (7 318,16 F.), soit 1 244,88 F.

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Le chantier en voie d’achèvement avec les principaux participants

 

Le vendredi 06/05/1921, les matériaux sont en place. Un premier acompte de 5 000 F. peut donc être versé à l’entrepreneur.Le mardi 27/09/1921, la taille des blocs est réalisée. Un deuxième acompte de 4 000 F. peut être versé. Le procès-verbal de réception est établi le dimanche 29/01/1922.

Le monument est inauguré le dimanche 29/10/1922. Le compte-rendu sur deux colonnes du journal L’Avenir du lundi 06/11/1922 est assez significatif de l’état d’esprit qui règne dans la population quatre ans après la fin de la guerre : Les maisons disparaissaient sous les feuillages et les guirlandes que les jeunes filles dévouées de la localité avaient passé de longues heures à tresser. A dix heures, le cortège composé des autorités, des ascendants et veuves de guerre et des anciens combattants défilait derrière la musique et se rendait à l’église où une messe était célébrée par Monsieur l’abbé BEAL, curé du Brugeron. Monsieur l’abbé François LACOSTE, curé de Marat et ancien combattant, prononçait un émouvant sermon (…) car on sentait qu’il venait du coeur (…) célébrant (…) une fois de plus la mémoire de nos glorieux morts (…). De l’église, le cortège se rend alors vers le monument, lequel (…) en beau granit bleu du pays, fait grandement honneur à tous ceux qui ont contribué à son érection.
Après la bénédiction du monument, Monsieur GOUTTEBEL, un ancien combattant et mutilé, fait d’une voix bien timbrée l’appel des 87 morts de la commune. A l’appel de chaque nom, Monsieur Chardon, autre mutilé, répond : Mort au champ d’honneur !
Puis Monsieur CHARDON, 48 ans, prononce un discours dans lequel il remercie d’abord les invités, les organisateurs de la fête et tous ceux qui ont contribué à l’érection du monument : (…) Lorsque la secte hideuse des grands rapaces allemands ouvrit ses serres pour ravir le beau patrimoine de gloire, de génie et de liberté que nous tenions de nos ancêtres, ils dressèrent devant la horde envahissante le vivant rempart de leurs poitrines (…). Il rend ensuite hommage aux disparus : (…) Recueillons-nous un instant devant ce soldat mourant qui revoit dans un dernier rayon de lumière, la chère image de son pays et dont la dernière pensée est pour nous, ses vieux parents, son épouse, ses enfants, ses amis (…). Vieux parents, veuves inconsolables, petits orphelins, toutes les sympathies vous sont acquises, je m’incline devant vous et je vous dis : Ne pleurez plus ! Ceux dont vous portez le deuil ont conquis l’immortelle gloire.
C’est au tour de Monsieur BOURNIER, président de l’Amicale des anciens combattants, de rendre hommage aux héros disparus.
Monsieur COURTIAL, député, prend la parole pour faire de même et dire tout ce qui leur était du. Monsieur DEMAY, conseiller général, fait, au dire du chroniqueur, un discours plus politique. Enfin, les enfants des écoles récitent des poésies et chantent plusieurs couplets patriotiques.
Monsieur DEFFRADAS, conseiller d’arrondissement, les maires des communes voisines et Monsieur JOUSSERAND, inspecteur primaire, assistaient à cette émouvante cérémonie.
Du monument, le cortège se rend à la Mairie pour inaugurer une plaque à la mémoire de Monsieur ALLAGNON, ancien instituteur de Marat mort pour la France. Un banquet, chez Monsieur DUCHE, réunit les invités et clôture cette journée.

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Jusqu’en 1940, deux canons encadraient le monument, ceux-ci furent par la suite cachés derrière le cimetière par crainte de leur possible réquisition, mais furent malgré tout détruits.

Une grille entourant le monument fut réalisée en 1923 par Monsieur TAILHANDIER d’Arlanc pour 1 771,20 F. Le monument est également orné de quatre vases disposés à la base de la colonne. En novembre 1983, le conseil municipal décide de déplacer la croix située entre la route et l’édifice. Son socle en pierre est réinstallé sur la place et la croix métallique est remplacée par une croix en bois. C’est à cette occasion qu’un muret de soutènement est construit et que le grillage et les obus sont ôtés. En 2002, pour éviter que le public ne stationne sur la route lors des cérémonies, le monument est tourné face à la place. La pierre supérieure en forme d’obélisque est repositionnée . L’on ne touche pas au bas-relief et aux plaques de peur de le briser. En novembre 2011, les élus ont tenu à remettre en place les obus et la chaîne entourant l’édifice. Comme ces derniers ayant disparu, la commune a récupéré ceux de Vertolaye, similaires à ceux d’origine enlevés eux aussi dans les années 1980. Ce sont des munitions allemandes de 280 mm, pesant chacune 205 kg à vide, sans fusées d’ogives ni charges explosives bien sûr ! Restaurés par les employés communaux, Après la Grande guerre, de nombreuses communes ont exposé ce type de « trophées » : une manière de rappeler les pertes colossales provoquées par l’artillerie lourde durant ce conflit. ils ont été installés pour la cérémonie du 11-Novembre. Nous avons simplement tenu à remettre notre monument tel qu’il était au départ afin d’être fidèle à l’esprit de ceux qui l’ont construit, déclare le maire, Christian VIALLIS, très attaché à cette restauration.

Les deux plaques portent 99 noms, dont 95 par ordre alphabétique. Plusieurs hommes sont morts des suites de combats, quelquefois plusieurs années après la fin du conflit expliquant les inscriptions différées.

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D’après une Carte Postale CIM

Une plaque à la base de la colonne porte les noms de quatre combattants morts pendant la Guerre de 39-45

Voir également sur memorialgenweb.org


  1. Ferdinand Léon Antoine GIDON (Clermont-Ferrand 28/05/1881 – Marseille 06/06/1951). []